Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

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Leslie
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Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Leslie »

L'Art du Déplacement / Parkour semble être par excellence un des meilleurs outils pour l’appropriation du territoire urbain en nous permettant de mieux l'apprivoiser et l'exploiter dans tout son potentiel.

Cependant, peut-on pratiquer dans tous les lieux sans s'en soucier plus que ça ?
Quelles peuvent être les conséquences pour les résidents ?
.
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Eclipse
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ? ?

Message par Eclipse »

Je ne pense pas que se soit une bonne chose de tracer sans se soucier de où on passe et comment. D'abord parce qu'on peut gêner (bruits), abîmer (un lieu privé ou public), violer la loi (en allant sur des zones privées par exemple), et que tout cela entraîne une mauvaise image de notre sport ainsi que des interdictions et parfois des réactions assez extrêmes (gens qui insultent des traceurs, voir installent des pièges dangereux).

Néanmoins, cela ne veut pas dire qu'on doit forcément se cantonner aux lieux publics, mais qu'il faut apprendre à être discret, respecter les lieux où l'on trace (privés comme publics, quitte à faire des séances nettoyage/rénovation).

En tout cas c'est les premières choses qui me passent par la tête sur le sujet, si d'autres veulent réagir ou compléter ^^

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Leslie
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Leslie »

Oui, moi l'une des choses qui m'a particulièrement mise mal à l'aise lors d’entraînements collectifs, était le fait qu'à mes yeux, il n' y avait pas toujours un assez grand respect des résidents ou des passants... (surtout qu'en groupe l'impact est décuplé.)

S’entraîner sur des murs en béton brut par exemple, pas de soucis, mais lorsqu'ils ont été repeints et qu'on laisse les traces de nos chaussures, c'est dégrader l’environnement de vie des autres, et je comprends que cela puisse générer de l'amertume.
Il est toujours possible de nettoyer les marques avec l'eau de notre gourde cependant, mais bon on risque de se retrouver assoiffer rapidement et surtout, c'est rarement fait.
La pluie ne nettoie pas toujours assez rapidement et de façon exhaustive, on ne peut donc pas forcément compter là-dessus non plus.

Il y a aussi le fait de s’entraîner en plein centre ville pendant les heures d'affluence... Cela générait de l'agressivité chez certains passants qui avaient le sentiment que l'on s'appropriait l'espace sans leur en laisser (je me suis retrouvée dans des cours où on faisait de la quadru sur les passages piétons, obligeant ces derniers à raser les murs car on prenait toute l'allée centrale :oops: , ou encore à faire des abdos sous les arrêts de tram en cas de pluie en bloquant le passage...)

Mais il y a aussi le respect du patrimoine historique... Il y a plein de murs en bétons qui n'ont aucune valeur si ce n'est leur utilité, on ne peut pas dire qu'il y a pénurie. Pourtant, c'est parfois sur des vestiges historiques que des coachs proposent de s’entraîner... :?
Et là je n'englobe pas toutes les ruines, celle du château des Dervallières à Nantes, par exemple, n'est pas une ruine protégée, il s'agit juste d'une démolition inachevée. J'ai en tête celle de la Porte Sauvetout plutôt, où il y est collé un panneau demandant de préserver ce patrimoine du Moyen-Âge, en évitant de grimper dessus... Les vestiges sont en effet fragiles, ils n'ont pas la robustesse des bâtiments nouveaux et peuvent s'éroder facilement au fil des passages, alors qu'ils constituent un témoignage important de notre histoire...

Comment peut-on donner le sentiment que nous avons une pratique respectueuse si nous ne respectons pas ce qui est important pour d'autres ?

Il me semble essentiel de faire la distinction entre ce qui est interdit "arbitrairement", car faisant partie d'une norme culturelle : on ne grimpe pas sur les murs ou ou ne monte sur les toits "parce que cela ne se fait pas", "parce que ça inquiète" ou "parce que ça semble dangereux" etc... et qui donc peut légitimement être remis en question, et ce qui a réellement un impact négatif sur les autres. La frontière est parfois difficile à établir, mais il me paraît important de toujours garder à l'esprit que "l’appropriation de l'espace" ne doit pas se faire au détriment du partage de celui-ci avec les autres...
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Mayt
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Mayt »

Je pense qu'il est important d'aller au delà de la notion d'impact négatif, au sens où cette notion est très subjective et que les limites d'usage de l'espace ne sont pas du tout égalitaires au départ.

À mon avis, une analyse politique de l'espace nécessite de tenir compte des privilèges et des normes qui s'y appliquent, plus que du ressentiment des autres usagers : quand on prive quelqu'un.e d'un privilège illégitime, il.elle perçoit un impact négatif, voir une agression, mais l'acte n'en est pas moins légitime. Il est important de considérer qui l'on dérange, pourquoi, etc., et pas seulement le fait de déranger ou non.

Sans même parler d'illégalité, certaines personnes vont se sentir outrées que l'on puisse grimper sur un monument (solide) parce qu'il a une valeur patrimoniale, mais il est important de se questionner sur cette valeur : qu'est-ce que ce monument ? Qu'est-ce qu'il représente ? Est-ce qu'on a envie de détourner cet ouvrage ? Typiquement, beaucoup de personnes se refusent à tracer dans des cimetières par respect pour ceux qui y sont enterrés et/ou leur famille, mais n'ont aucun problème à tracer sur un monument aux morts commémoratif de la guerre parce qu'il.elles ne "respectent pas" la volonté d'exhiber avec fierté les sacrifice humains et les "haut-faits" militaires de la France, et prennent plaisir à détourner l'usage de ces monuments vers quelque-chose de festif, voir provocateur, pourtant l'impact négatif perçu par un individu lambda sera probablement exactement le même. Dans ce cas là, quand il est possible, le dialogue est une bonne manière de faire comprendre nos motivations. Quand il ne l'est pas, si la personne en face le refuse, je ne pense pas qu'il faille considérer que c'est à nous de nous retirer. S'il peut être stratégique de le faire pour faciliter l'acceptation de la pratique, surtout dans des petites villes, cela ne doit pas revenir à donner raison à celui qui gueule le plus fort, à tendre l'autre joue. C'est simplement pour y revenir plus tard, quand le climat sera moins tendu.

De même, l'usage de l'espace privé dépend énormément de la valeur qu'on accorde à la propriété : à titre personnel, la légalité n'entre pas dans mes critères de décision, je me questionne bien plus sur l'usage qui est effectivement fait du lieu et sur la légitimité de cet usage. Bien qu'ils soient régi par les mêmes lois, je ne me comporterai pas du tout de la même façon dans la cour d'un immeuble où les habitants refusent tout dialogue et clament la propriété privé à la moindre tentative d'interaction, bref, abusent d'un privilège que je trouve illégitime (la propriété privée d'un espace ouvert) pour refuser une interaction constructive ; que dans la cour d'un immeuble où les habitants sont ouverts, discutent, exposent leur usage effectif du lieu et les limites qui vont avec, et que l'on peut construire un usage partagé de l'espace. Dans ce second cas, on se définit en tant qu'usagers, et non en tant que propriétaires.

Il ne faut pas oublier que notre pratique est subversive, et donc qu'elle génère par nature une certaine incompréhension qui peut se manifester par de l'agressivité. Je revendique cette subversivité, et ne cherche pas à faire de ma pratique une démarche consensuelle : le dérangement qu'elle provoque chez certaines est bien souvent caractéristique d'une fermeture d'esprit, d'un conservatisme que je n'ai pas envie de respecter. S'il est évident que face à une personne capable de s'ouvrir à ce qu'on fait et d'établir collectivement des usages partagé de l'espace, je ne chercherai pas à dépasser les limites, face à quelqu'un qui nous refuse par principe l'accès à un lieu, et donc indirectement, à notre pratique, à ce qu'on est et ce qu'on a envie de faire, je considère la transgression comme une forme de légitime défense, tant qu'elle ne prend pas une forme de vengeance puérile. L'idée étant de réussir à imposer notre pratique comme légitime dans les espaces où elle l'est, par l'exemple, tout en démontrant notre capacité à être des usagers respectueux des espaces auxquels on voudrait nous interdire l'accès : transgresser l'interdit tout en donnant tort à celui qui l'a formulé.

Je finirais avec une anecdote : au dernier Parkour Session de Miramas, la direction d'une école primaire a contacté les organisateurs de la session en expliquant que la toiture venait d'être refaite, et qu'ils savaient qu'on avait pour habitude d'y monter. Ils ont demandé à l'orga d'interdire l'accès à ce toit pendant la session, de peur que leur travail soit détérioré par des pratiquants. À cette demande, l'organisation a répondu : "Pas de soucis, on dira à ceux qui montent de faire très attention". Je trouve que ça résume parfaitement ma vision de la transgression légitime au sein de notre pratique.

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Leslie
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Leslie »

Je relance le sujet car récemment, lors d'une session à Nantes, des traceur⋅euse⋅s ont de nouveau proposé de s’entraîner au saut de bras sur la Porte Sauvetout, vestige du 14è siècle et témoignage de l'histoire de la ville.

Je n'étais pas à l'aise avec cette proposition et me suis abstenue pendant que les autres s’entraînaient dessus. Je ne sais en effet pas si le fait de sauter de dessus l’abîme réellement ou pas, mais j'estime surtout ne pas avoir les connaissance nécessaire pour évaluer judicieusement l'impact que cela pourrait avoir.

Je n'ai pas de scrupules à m’entraîner sur du béton, qui se caractérise par sa solidité et dont les constructions restent multiples et ne constitue donc pas de témoignage unique.

Mais pour ce qui est des matériaux plus fragiles et des vestiges qui peuvent continuer à nous apprendre d'où nous venons, cela est différent à mes yeux.
On peut bien sûr déplorer les conditions dans lesquels ces bâtiments ont été érigés, ce qu'ils mettent en évidence sur les inégalités et injustices sociales d'une époque, mais détériorer / effacer les traces d'une histoire collective ne nous ramène-t-il pas vers des chemins dangereux ? N'est-il pas risqué pour une société de ne pas se souvenir de son passé ?

Sur le sujet de s’entraîner où l'on veut et notamment sur des sites protégés, je viens de tomber sur un article de la FPK, suite aux dégradations du site de Matera lors d'un évènement d'ADD / parkour, que j'ai trouvé particulièrement intéressant, notamment la réflexion d'Aurélien B.

J'en profite donc pour vous citer un extrait ;) :
« Moi, je fais attention »

Oui, moi aussi. Il n’empêche qu’en plusieurs années de pratiques attentive, il m’est quand même arrivé de desceller des briques, de laisser des traces malgré mes précautions, de casser des éléments déjà fragilisés et de déranger des riverains (bruit, vibrations). Faire attention ne veut pas dire qu'on ne laisse pas de trace. Et malheureusement, il y a ceux qui font moins attention. Dans l’émulation de l’évènement, à distance de « chez soi », ça n’a pas l’air si grave. On peut faire une entorse à ses valeurs. Et on oublie les retombées possibles .... A Matéra, le site est classé mais aussi dégradé. Le calcaire utilisé, du tuf, est une pierre friable sensible aux éléments, moins résistante que le granit, ou le béton. Ces pierres ont durement résisté au temps. Et les traceurs locaux, conscient de la fragilité du lieu, y pratiquent avec parcimonie et en redoublant de protection. Mais si le parkour « de masse » s’ajoute à l’usure du temps, c'est une autre histoire.

Ce n’est pas évident, mais il faut savoir mettre son envie ou son ego de coté par moment. Les "spots" ne sont pas ce qui manquent dans le monde. Il y a de nombreux lieux à explorer, certains moins sensibles que d’autres. Le sentiment d’injustice et d’incompréhension face à l'interdiction de pratiquer dans un lieu mythique est compréhensible. Mais il ne devrait jamais justifier une pratique non-respectueuse des lieux.

« Le droit des autres est une concession faite par notre sentiment de puissance au sentiment de puissance de ces autres » Nietzsche
Et vous, qu'en pensez-vous ?

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Anna PkNantes
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Anna PkNantes »

Pour ma part, je suis toujours d'accord avec le post de Mayt juste avant (en locurence la partie sur les "monuments historiques").

Tu parles d'histoire et de passé, mais il faut aussi se demander "quelle histoire ?". Parce qu'au final est-ce que c'est pas toujours la même histoire, celle des classes dominantes du passé (auquelles, on peut rappeler, des gens ont jugé bon de les racourcir d'une tête), celle qu'on nous raconte en cours d'histoire enrobée de mensonges, celle qu'on glorifie et fétichise sur un ton réactionnaire tout à fait inquiétant. Le roman poussiéreux de l'HistOOOIIIre de la FrAANNce dont Boucle d'Or est plus proche de la réalité.
Et puis, les vestiges, les vestiges... Les vestiges c'est pas l'histoire. C'est rien de plus que des vieux tas de cailloux qui manifestement prouvent leur volonté de rester là. Et c'est pas comme si on n'avait les vestiges de toute l'histoire devant nous et il faudrait choisir sur qui on saute. Bien évidement, les trucs qui restent c'est ceux qui vont bien avec l'histoire dont je parle plus haut, ça a été choisi.
Perso, (tu t'y attends bien), je suis pas trop dans ce délire, j'ai pas trop l'âme à me faire guardienne de musée bénévole ni a participer à l'agence touristique de la ville. Je trouve tout à fait légitime d'utiliser ces lieux, je pense que la pratique du parkour y est légitime, et aussi les traces de cet usage (les fameuses dégradations et autres traces de chaussures et barrières tordues, et malheureusement parfois : la CASSE (omg de quoi on parle !!)).

Et, comme on te l'a certainement déjà dit, c'est pas demain la veille que des traceur.euse.s casseront la tour au spot Bretagne !

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Leslie
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Leslie »

Oui, je sais bien que l'histoire que l'on nous raconte est celle des "vainqueur⋅euse⋅s", et donc, dans son propre pays, de la classe dominante. Tant que celle-ci a la main-mise sur les moyens de com' et d'information, il serait difficile qu'il en soit autrement.

La donne ne peut changer qu'avec la démocratisation des moyens d'information et de diffusion (ce qu'internet nous offre notamment, encore faut-il apprendre à l'utiliser sans se faire flouter à nouveau, mais c'est un autre sujet... qui est d'ailleurs celui qui me passionne le plus, c'est pour ça que je défends les logiciels libres :P ).

Je ne défends pas l'HistOOOIIIre de la FrAANNce telle qu'elle nous est racontée, puisqu' incomplète. Mais celle qu'on nous raconte, et dont ces vestiges témoignent, en font malgré tout partie, et cela me semble important de ne pas le négliger.
On peut aussi les présenter en rappelant le contexte et ses implications (ne serait-il pas dangereux, par exemple, d'effacer toute trace du livre d'Hitler Mein Kampf, et d'oublier ce à quoi cela nous a mener ?)

Je ne suis ni historienne, ni architecte, ni géologue (pour analyser ce que les pierres choisies pour sa construction pourraient nous apprendre). Je ne me fierai donc pas uniquement à mon propre jugement et intérêt pour en décréter l'importance.
Parce que sinon dans la foulée, je pourrais me dire qu'on pourrait se débarrasser de 95% des œuvres des musées (qui là aussi sont de souvent de l'art à la gloire des puissant⋅e⋅s), ou encore raser toutes les Églises, Temples ou Mosquées, sont prétexte que je ne suis pas sensible ou même suis parfois révoltée des messages qu'elles transmettent. :lol:

Seulement cela me semble bien plus important de vire dans une société inclusive qui laisse place à toutes les sensibilités et non pas juste à celles auxquelles j'adhère.

Et donc si un groupe de personnes considère que tel vestige précieux, telle Église / Temple ou Mosquée sacrée, ou encore que tel arbre est à protéger, et bien je me dis qu'il y a assez d'espace en ville pour que chacun⋅e puisse y trouver son compte.

Tant qu'on ne nous glisse pas une interdiction généralisée de grimper et franchir tout mobilier urbain, qui là ne prendrait pas du tout en compte notre intérêt, et bien je pense qu'on peut faire l'effort de vivre parmi différentes sensibilités et les respecter... 8-)

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