Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Quelles sont ses sources d'influence et les différentes façons de l'aborder ? :ugeek:
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Leslie
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Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Leslie » 05 juillet 2017, 10:35

L'Art du Déplacement / Parkour semble être par excellence un des meilleurs outils pour l’appropriation du territoire urbain en nous permettant de mieux l'apprivoiser et l'exploiter dans tout son potentiel.

Cependant, peut-on pratiquer dans tous les lieux sans s'en soucier plus que ça ?
Quelles peuvent être les conséquences pour les résidents ?
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Eclipse
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ? ?

Message par Eclipse » 29 juillet 2017, 21:48

Je ne pense pas que se soit une bonne chose de tracer sans se soucier de où on passe et comment. D'abord parce qu'on peut gêner (bruits), abîmer (un lieu privé ou public), violer la loi (en allant sur des zones privées par exemple), et que tout cela entraîne une mauvaise image de notre sport ainsi que des interdictions et parfois des réactions assez extrêmes (gens qui insultent des traceurs, voir installent des pièges dangereux).

Néanmoins, cela ne veut pas dire qu'on doit forcément se cantonner aux lieux publics, mais qu'il faut apprendre à être discret, respecter les lieux où l'on trace (privés comme publics, quitte à faire des séances nettoyage/rénovation).

En tout cas c'est les premières choses qui me passent par la tête sur le sujet, si d'autres veulent réagir ou compléter ^^

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Leslie
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Leslie » 03 mars 2018, 21:36

Oui, moi l'une des choses qui m'a particulièrement mise mal à l'aise lors d’entraînements collectifs, était le fait qu'à mes yeux, il n' y avait pas toujours un assez grand respect des résidents ou des passants... (surtout qu'en groupe l'impact est décuplé.)

S’entraîner sur des murs en béton brut par exemple, pas de soucis, mais lorsqu'ils ont été repeints et qu'on laisse les traces de nos chaussures, c'est dégrader l’environnement de vie des autres, et je comprends que cela puisse générer de l'amertume.
Il est toujours possible de nettoyer les marques avec l'eau de notre gourde cependant, mais bon on risque de se retrouver assoiffer rapidement et surtout, c'est rarement fait.
La pluie ne nettoie pas toujours assez rapidement et de façon exhaustive, on ne peut donc pas forcément compter là-dessus non plus.

Il y a aussi le fait de s’entraîner en plein centre ville pendant les heures d'affluence... Cela générait de l'agressivité chez certains passants qui avaient le sentiment que l'on s'appropriait l'espace sans leur en laisser (je me suis retrouvée dans des cours où on faisait de la quadru sur les passages piétons, obligeant ces derniers à raser les murs car on prenait toute l'allée centrale :oops: , ou encore à faire des abdos sous les arrêts de tram en cas de pluie en bloquant le passage...)

Mais il y a aussi le respect du patrimoine historique... Il y a plein de murs en bétons qui n'ont aucune valeur si ce n'est leur utilité, on ne peut pas dire qu'il y a pénurie. Pourtant, c'est parfois sur des vestiges historiques que des coachs proposent de s’entraîner... :?
Et là je n'englobe pas toutes les ruines, celle du château des Dervallières à Nantes, par exemple, n'est pas une ruine protégée, il s'agit juste d'une démolition inachevée. J'ai en tête celle de la Porte Sauvetout plutôt, où il y est collé un panneau demandant de préserver ce patrimoine du Moyen-Âge, en évitant de grimper dessus... Les vestiges sont en effet fragiles, ils n'ont pas la robustesse des bâtiments nouveaux et peuvent s'éroder facilement au fil des passages, alors qu'ils constituent un témoignage important de notre histoire...

Comment peut-on donner le sentiment que nous avons une pratique respectueuse si nous ne respectons pas ce qui est important pour d'autres ?

Il me semble essentiel de faire la distinction entre ce qui est interdit "arbitrairement", car faisant partie d'une norme culturelle : on ne grimpe pas sur les murs ou ou ne monte sur les toits "parce que cela ne se fait pas", "parce que ça inquiète" ou "parce que ça semble dangereux" etc... et qui donc peut légitimement être remis en question, et ce qui a réellement un impact négatif sur les autres. La frontière est parfois difficile à établir, mais il me paraît important de toujours garder à l'esprit que "l’appropriation de l'espace" ne doit pas se faire au détriment du partage de celui-ci avec les autres...
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Re: Peut-on / doit-on pratiquer OÙ bon nous semble ?

Message par Mayt » 15 mars 2018, 11:49

Je pense qu'il est important d'aller au delà de la notion d'impact négatif, au sens où cette notion est très subjective et que les limites d'usage de l'espace ne sont pas du tout égalitaires au départ.

À mon avis, une analyse politique de l'espace nécessite de tenir compte des privilèges et des normes qui s'y appliquent, plus que du ressentiment des autres usagers : quand on prive quelqu'un.e d'un privilège illégitime, il.elle perçoit un impact négatif, voir une agression, mais l'acte n'en est pas moins légitime. Il est important de considérer qui l'on dérange, pourquoi, etc., et pas seulement le fait de déranger ou non.

Sans même parler d'illégalité, certaines personnes vont se sentir outrées que l'on puisse grimper sur un monument (solide) parce qu'il a une valeur patrimoniale, mais il est important de se questionner sur cette valeur : qu'est-ce que ce monument ? Qu'est-ce qu'il représente ? Est-ce qu'on a envie de détourner cet ouvrage ? Typiquement, beaucoup de personnes se refusent à tracer dans des cimetières par respect pour ceux qui y sont enterrés et/ou leur famille, mais n'ont aucun problème à tracer sur un monument aux morts commémoratif de la guerre parce qu'il.elles ne "respectent pas" la volonté d'exhiber avec fierté les sacrifice humains et les "haut-faits" militaires de la France, et prennent plaisir à détourner l'usage de ces monuments vers quelque-chose de festif, voir provocateur, pourtant l'impact négatif perçu par un individu lambda sera probablement exactement le même. Dans ce cas là, quand il est possible, le dialogue est une bonne manière de faire comprendre nos motivations. Quand il ne l'est pas, si la personne en face le refuse, je ne pense pas qu'il faille considérer que c'est à nous de nous retirer. S'il peut être stratégique de le faire pour faciliter l'acceptation de la pratique, surtout dans des petites villes, cela ne doit pas revenir à donner raison à celui qui gueule le plus fort, à tendre l'autre joue. C'est simplement pour y revenir plus tard, quand le climat sera moins tendu.

De même, l'usage de l'espace privé dépend énormément de la valeur qu'on accorde à la propriété : à titre personnel, la légalité n'entre pas dans mes critères de décision, je me questionne bien plus sur l'usage qui est effectivement fait du lieu et sur la légitimité de cet usage. Bien qu'ils soient régi par les mêmes lois, je ne me comporterai pas du tout de la même façon dans la cour d'un immeuble où les habitants refusent tout dialogue et clament la propriété privé à la moindre tentative d'interaction, bref, abusent d'un privilège que je trouve illégitime (la propriété privée d'un espace ouvert) pour refuser une interaction constructive ; que dans la cour d'un immeuble où les habitants sont ouverts, discutent, exposent leur usage effectif du lieu et les limites qui vont avec, et que l'on peut construire un usage partagé de l'espace. Dans ce second cas, on se définit en tant qu'usagers, et non en tant que propriétaires.

Il ne faut pas oublier que notre pratique est subversive, et donc qu'elle génère par nature une certaine incompréhension qui peut se manifester par de l'agressivité. Je revendique cette subversivité, et ne cherche pas à faire de ma pratique une démarche consensuelle : le dérangement qu'elle provoque chez certaines est bien souvent caractéristique d'une fermeture d'esprit, d'un conservatisme que je n'ai pas envie de respecter. S'il est évident que face à une personne capable de s'ouvrir à ce qu'on fait et d'établir collectivement des usages partagé de l'espace, je ne chercherai pas à dépasser les limites, face à quelqu'un qui nous refuse par principe l'accès à un lieu, et donc indirectement, à notre pratique, à ce qu'on est et ce qu'on a envie de faire, je considère la transgression comme une forme de légitime défense, tant qu'elle ne prend pas une forme de vengeance puérile. L'idée étant de réussir à imposer notre pratique comme légitime dans les espaces où elle l'est, par l'exemple, tout en démontrant notre capacité à être des usagers respectueux des espaces auxquels on voudrait nous interdire l'accès : transgresser l'interdit tout en donnant tort à celui qui l'a formulé.

Je finirais avec une anecdote : au dernier Parkour Session de Miramas, la direction d'une école primaire a contacté les organisateurs de la session en expliquant que la toiture venait d'être refaite, et qu'ils savaient qu'on avait pour habitude d'y monter. Ils ont demandé à l'orga d'interdire l'accès à ce toit pendant la session, de peur que leur travail soit détérioré par des pratiquants. À cette demande, l'organisation a répondu : "Pas de soucis, on dira à ceux qui montent de faire très attention". Je trouve que ça résume parfaitement ma vision de la transgression légitime au sein de notre pratique.

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